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TRIBUNE ▷ Claude Sicre et Mai 68

Publié le 22 mai par Jordan Saïsset - CIRDÒC










 Texte écrit par Claude Sicre courant mai 2018 suite à une sollicitation du CIRDOC dans le cadre d’un cycle d’événements organisé autour de Mai 68 et du renouveau occitan

A lire aussi, sur le même sujet, la tribune consacrée à Claude Alranq.






 Claude Sicre en Mai 68
                                                                              CS, Mai 68


 




MAI 68 ou le triomphe du manque d’imagination et de diverses provincialisations

 

(dont le dernier paragraphe s'intitulera : “Enfin révélée, la SEULE GRANDE ÉPOPÉE dont vous serez les héros”)


Avertissement

Voilà donc ma petite vision de 68 depuis Toulouse, en me situant dans le cadre de votre réflexion (Mai 68 et les idées occitanes).
Vision très particulière je pense, mais il en faut, pour la pluralité des approches.

Ce qu'il y a de bien avec ce propos, c'est qu'il va prendre à revers absolument tout le monde, les révolutionnaires, les conservateurs, les réactionnaires, les modernisateurs, les progressistes, les régionalistes, les centralisateurs, les réformistes, les de-gauche, les de-droite, les du-centre, les idéalistes, les matérialistes, les nationalistes, les dits "populistes", tous les “-istes” qui sont sur le marché, les philosophes les plus opposés entre eux, l'intelligentsia française au grand complet, mais aussi les artistes, etc. Et, plus que quiconque, ceux qui, n'ayant pas vu grand-chose ou rien du tout, se sont portés après, et parfois longtemps après, profitant de leur notoriété plus ou moins bien acquise, à la tête des parleurs sur 68, racontant des fables où ils mélangent tout, et que gobent… les gobeurs. On va bien rigoler !
Je dirai tout d'abord que pour moi, Mai 68 n'a pas une grande importance dans ma réflexion sur la France, l'histoire des idées et l'histoire politique (je n'ai lu aucun des livres qui sont parus directement sur ce sujet depuis cinquante ans, par exemple). Mais, comme j'ai vécu ces événements de près, et que m'agace un peu le fait que certains ont l'air de vouloir faire de 68 un genre de début à tout, soit pour s'en féliciter soit pour s'en désoler, un genre de grand moment festivo-révolutionnaire unique "qui a changé la société française" (voire le monde, disent d'autres), il m'intéresse de donner mon avis, un peu très beaucoup contraire. Et le biais "occitaniste" que vous proposez, et cette occasion, tombent bien. Merci aux initiateurs de cette entreprise !

 

 

Une révolution ?

Pour moi, Mai 68 n'a pas été une quelconque révolution. Ni une "farce", comme certains aiment à le répéter en se réclamant de Marx (qui disait que l'histoire se répète toujours deux fois, la première fois en tragédie, la deuxième en farce) (il y a bien eu du burlesque en 68, mais il n'a rien à voir avec quelque tragédie auparavante que ce soit). Si les clichés sur l'histoire se répètent (ceux de Marx y compris, donc), l'histoire, elle, ne se répète jamais, même si les acteurs de chaque époque singent parfois ceux du passé. C'est justement ce qui est le plus important à comprendre, dans l'histoire. Héraclite l'a déjà dit, mais vous étiez trop jeunes à l'époque pour vous en souvenir.
Une des choses qui m'a frappé le plus en Mai 68 à Toulouse de ce point de vue "occitan" (je n'étais pas occitaniste, je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvait être l'occitan ni l'Occitanie) (il y avait le patois, c'est tout), c'est l'extrême et caricaturale "provincialité" (je ne le pensais pas en ces termes, je pensais : "Ils attendent toujours les idées venues d'ailleurs au lieu de s'en inventer") des acteurs principaux, étudiants, profs, partis, journalistes, etc., et le phénomène de provincialisation généralisé de toute la société française (y compris Paris, qui, dialectiquement - en retour de kick -, profite toujours pleinement du provincialisme qu'elle provoque), que précipitèrent, au sens chimique, lesdits événements. Cette provincialisation généralisée était en train, Mai 68 nous l'a révélé un peu plus, spectaculairement. Cela dit, je ne suis pas devenu occitaniste en juin 68 mais huit ans plus tard, dès que j'ai découvert l'occitanisme (à Paris !). Et l'originalité de mon inscription dans ce mouvement, depuis lors, est en rapport direct avec ce qui m'a permis de ressentir cette "provincialité" à l'époque, avant, pendant et après 68. La seconde chose qui m'a frappé, dans ces évènements, c'est le grand manque d'imagination de tous ses acteurs - les deux choses sont en lien, me semble-t-il - et je me demandais pourquoi tant de gens, qui pouvaient se montrer par ailleurs intelligents et talentueux dans des affaires courantes ou dans leurs spécialités, pouvaient là être comme saisis d'aveuglement grégaire, d'impuissance collective à réfléchir et à inventer. Interrogation qui m'avait déjà traversé l'esprit (voir les annexes) et qui me poursuivra longtemps, jusqu'à ce que je découvre quelle était la maladie de la France et, plus tard, son remède.
La plupart des idées - politiques, sociales, culturelles, artistiques - qui ont comme surgi en 68 étaient là depuis longtemps, en France. Celles concernant le domaine le plus social étaient présentes dans les syndicats. Celles concernant particulièrement les mœurs, et la critique de la vie dite “moderne" étaient déjà à l'œuvre dans les pays nordiques de l'Europe, en Angleterre, en Allemagne, aux USA, au Canada (contestation de la "société de consommation" et du travail aliénant, de la famille, liberté sexuelle, féminisme, pacifisme, opposition à certaines guerres, architecture, urbanisme, écologie, culture pop et underground, beats des USA, Living Théâtre, émeutes des quartiers noirs, dériveurs d'Allemagne et de tous les pays nordiques, hippies californiens, provos d'Amsterdam, radios pirates de GB, courants intellectuels, Marcuse, Mac Luhan, Université de Berkeley, etc.).

La France petite-bourgeoise était plutôt en "retard" sur ces derniers points. Et se nourrissait beaucoup beaucoup de l'extérieur. Et ne les vivra collectivement, à sa manière, que dans les années suivant 68 : ce qui fera croire aux naïfs qu'elles venaient de 68.
 

Claude Sicre et Henri Meschonnic place du Capitole à Toulouse pour le Forom des Langues du Monde en 1998. Crédit : Carrefour Culturel







Ce que 68 a eu de spécifique, du point de vue qui nous occupe et à mon modeste avis :

 

1) Comme souvent, les français poussent à l'extrême de la réflexion "théoricienne" ce qui, chez les autres, reste plus local et/ou expérimental. La "politique littéraire" et philosophico-littéraire est une spécialité française et très parisienne, comme nous l'a appris Tocqueville, elle raisonne toujours au nom d'un certain universel : souvent l'universalisation de ses schémas de pensée, si relatifs. Choses qui exacerbent la réflexion, et portent ses bienfaits (quelques chefs-d'oeuvre ou heureuses initiatives) et ses maux bien plus nombreux, sans s'étendre sur ses nombreux ridicules (il est encore des "penseurs" pour penser que la Capitale des Lumières a éclairé le monde en 68, provoquant tous les mouvements du genre qui ont suivi sur la planète et même parfois ceux qui ont précédé ) (sic !) (quand vous faites remarquer à ces derniers, exemples à l'appui, que quand même il s'est passé des trucs avant, ils sont obligés d'acquiescer mais ont une manière bien à eux de tourner les choses : "Bien sûr, mais c'est 68 qui a été l'expression la plus aboutie de tout ça, qui est allé le plus loin dans la remise en cause générale des fondements bla bla bla." Ce qui (pas vrai, même en France, beaucoup d'idées étant sorties dans les années suivantes) justifie d'après eux que Mai 68 devienne le nom générique, englobant tout. Ceux qui veulent comprendre jusqu'à quelles extrémités d'aveuglement mène l'unitarisme centraliste commun en ont là un exemple des plus clairs (et fréquents) (il semble que cela change un peu, depuis peu, sur ce sujet précis).

2) Dans ce maelström d'idées sortant de partout et n'ayant nulle part en France un début de pratique collective élaboré, personne, dans ce premier mouvement étudiant, n'était d'accord avec personne : c'était la confusion qui régnait, et les gens allaient aux manifestations pour des raisons différentes, voire contraires (mais ça, ça arrive dans tous les mouvements de foule et les meetings politiques). Quoi de commun entre les slogans des trotskistes, qui préparaient avec sérieux et "rigidité" la révolution prolétarienne internationale, ceux qui voulaient une "réforme" démocratique de l'Université, et les "pro-situationnistes" qui, prenant la parole dans les AG, proposaient "la transformation des couloirs de la fac en labyrinthe érotique" (Christian Ètelin à l'amphithéâtre Marsan de la rue Lautman en mai, allant beaucoup plus loin, et avec beaucoup plus d'humour, dans ce registre, que tous les graffitis bébêtes encensés par la presse depuis 50 ans) (et trouvant là un slogan bien mieux dit et bien plus parlant que le tristement positiviste et revendicatif "jouir sans entraves" de Vaneigem à la fin de son Traité). Sans compter toutes les autres composantes, hétéroclites.

3) Le "retard" pris par la France sur les autres démocraties nord-occidentales dans un tas de domaines "coutumiers", et la volonté de rattraper le temps perdu dans son propre style "universaliste", précipita vite dans la rue les enfants de la bourgeoisie parisienne, d'autant plus exaltés qu'ils découvraient la lune (que leur "bonne éducation" leur avait jusque-là caché) (et d'autant plus médiatisés, du coup, par la presse qui sortait du même moule) (et cachant d'autant plus les rares initiatives intelligentes venues d'autres milieux et d'autres villes) (d'autant que les personnalités les plus intéressantes refusaient de répondre à la presse, n'oubliez pas ça, quand vous verrez des archives à la télé !) (et d'autant plus maîtres de la réécriture de cette histoire, par la suite) ainsi que des pans entiers - écrivains, artistes, intellectuels, journalistes, publicistes et politiciens littéraires de toutes sortes - de cette bourgeoisie, pour une grande fête pleine de certitudes absolutisées à la manière de (Rimbaud, Artaud, Marx, colonne Durruti, émeutes de Watts, Russie de 17, Petit Livre Rouge de Mao, Cuba, Che Guevara, réactivation des mythes de St-Germain des Prés, etc.) et où les questions de bon sens (qu'est-ce qu'on va pouvoir bien foutre de toute cette jeunesse étudiante pléthorique ?) (la question de la reproduction élargie de la petite-bourgeoisie et de ses emplois) ne s'entendaient que dans les troquets de quartier ou dans une droite dépassée par le mouvement du monde. (et qui parlera du problème des IPES, refrain des premières semaines ?) (Achtung ! ceux qui parlent de 68 en témoins et qui n'évoquent pas le refrain des IPES sont soit des imposteurs soit des philosophes ayant traversé ces évènements perchés dans les nuées aristofanesques).
La proximité de ces bourgeois avec tous les pouvoirs interdira au pouvoir politique d'employer la manière forte pour arrêter le mouvement. La concentration symbolique de ce pouvoir politique entre les mains d'un seul grand homme, qui représentait de plus un "vieux monde" (l'idéologie jeuniste jouera ici son rôle, d'autant que les bourgeois sus-cités veulent rester "in" face à leurs enfants), et la concentration du pouvoir intellectuel et médiatique à Paris, dans un petit monde où tous les bords se côtoient et vivent les uns des autres (aucun contre-pouvoir et donc aucune échappée d'aucune sorte à cette concentration géographico-ethnique) (difficile à saisir, ça, c'est pourtant là qu'il faut creuser) explique le reste.

4) L'entrée des syndicats et de la population ouvrière, ainsi que celle de nombreux salariés modestes, dans la "contestation" (qui devient ainsi vite vecteur de revendications précises) change la donne. Les rêveries de liaison entre le "prolétariat" (qui n'a jamais vécu aussi à l'aise, qui ne connaît presque plus le chômage, qui veut mieux profiter des richesses produites mais aussi réduire les poches d'inégalité criantes qui subsistent nombreuses dans certains métiers ; qui, quand il rêve d'aventure, ne rêve pas comme le fils d'un cadre ou un journaliste) et la jeunesse étudiante favorisée (les étudiants issus de cette classe ouvrière sont peu nombreux, moins de 10%) vont vite s'effondrer, malgré quelques succès locaux ou partiels qui, à juste raison, pouvaient faire rêver.

5) Face à cette conjonction dans les manifestations, que la suite devait révéler illusoire, mais qui faisait justement illusion au moment, le pouvoir d'abord tremble, ce qui fait croire aux observateurs étrangers qu'il s'agit bien d'une révolution (comment, le Grand De Gaulle lui-même est touché ?) et le laisse croire aux acteurs eux-mêmes qui, par ailleurs, multiplient les proclamations grandiloquentes (que je trouvais parfois marrantes et fortes, quand elles grandiloquaient le plus et le mieux) (genre De la Misère qui venait de Strasbourg 1966) (grande année que 66 !).
Mais dès que le pouvoir se ressaisit (entrée en négociation avec les syndicats, au premier rang desquels la CGT, dirigée par le toulousain Georges Séguy) la "révolution" est vite finie (on n'en a jamais vu une finir si vite) : grande manifestation gaullienne, "républicaine", "anti-chienlit" ; reprise en mains des facs par les CRS ; élections de fin juin qui voient le triomphe des gaullistes.
Acabat ! Finito ! Pas le moindre popolo alla riscossa ! Horrendum !


Claude Sicre et Felix Castan place du Capitole à Toulouse pour le Forom des Langues du Monde en 1997. Crédit : Carrefour Culturel

 

Les conséquences directes

Parlons de celle qui est due aux accords de Grenelle, tous les "avantages" qu'ont gagnés les syndicats en cette occasion. Qui ont "fini d'embourgeoiser" la classe ouvrière, comme disaient certains nostalgiques du "prolétariat en haillons". Ces "avantages", les pouvoirs économiques et certains gouvernements n'ont cessé depuis de les réduire. Quelles conséquences cela a-t-il eu sur les affaires qui nous occupent ici ? Aucune directement, à mon sens, si on prend la mesure du caractère transhistorique de l'installation de l'unitarisme centraliste. Toutes sortes de conséquences très directes, pour un regard qui, à chaque époque, étudie les liens individuels, familiaux, sociaux entre la vie "matérielle" des populations et les idées qui accompagnent et construisent cette vie : ce qu'ont fait nombre d'intellectuels et de partis occitanistes, et que certains rappelleront dans vos assemblées et dans leurs textes. Mais ce dernier regard, sans le premier, s'épuise vite dans divers sociologismes réducteurs et sans horizon.
Par ailleurs, selon moi, 68 a exacerbé un moment, innervé, les tropismes français et plus que ça :

- Toutes les batailles d'idées qui existent ailleurs vont ici prendre encore plus fortement ce tour universalisant et peu (voire anti) expérimental que nous avons déjà noté : les écrivains et les philosophes (?) qui tenaient déjà le haut du pavé, vont vite se recycler sans abandonner leurs promontoires (il y avait donc du BERGÉ dans le coup) (et du pompidor), et même en les renforçant, dans ce petit univers D'AUTANT PLUS ÉPRIS D'UNIVERSALITÉ qu'il est lui-même (c'est toujours le cas !) LE PLUS AUTOCENTRÉ et LE PLUS CONFINÉ du monde (deux arrondissements, quelques chaires, quelques journaux et revues, quelques émissions de la radio publique...) (avec l'ignorance, condescendante et naïve, presque attendrissante parfois tant naïve elle est, pour la pluralité qui l'entoure dans son propre pays) (il y aurait un chef-d'œuvre kafkaïen et chaplinesque à écrire sur cet étonnant univers concentrationnaire que ses habitants traversent sans cesse comme une scène, sans se douter de rien) (tels le roi nu du conte) et les modes intellectuelles ainsi élaborées vont prendre la tête à la société française, réussissant, par leurs "concepts" (?), à faire dire/penser à beaucoup l'exact contraire de ce qu'ils avaient sous les yeux tous les jours sur leurs terrains (extraordinaire méthode d'aveuglement, qui dure encore) (qui a d'énormes conséquences "sociales") (et dont certains, qui l'aperçoivent partiellement, s'interrogent encore vainement sur les causes) (voilà enfin une intuition vague clairement posée : le rapport direct entre l’universalisme spécieux et le caractère confiné de son centre émetteur, particulier à la France).

- Le mouvement de "provincialisation" de la France hors ce petit univers, par la capitale et ses pouvoirs (intellectuels, culturels, artistiques, médiatiques...) commencée depuis des siècles et très avancée, trouve en Mai 68 un vecteur de renforcement particulier : encore plus qu'avec le Tour de France ou Guy Lux, la France est, par la radio et la télévision (le message, c'est le médium), suspendue aux lèvres des commentateurs des évènements, entre la rue Gay-Lussac et les réactions du Premier Ministre. A la fac de Toulouse occupée, les hérauts de la liberté et de l'imagination, chaque fois qu'ils proposent quelque action hic-et-nuncquienne en AG, s'entendent répondre par les organisés et leurs chefs, l'oreille collée sur le transistor, qu'il fallait attendre de voir ce qui allait se passer cette nuit sur les barricades de St-Germain et les analyses qui en sortiront demain sur les fameux "rapports de force".
On se serait cru tombé dans les pages d'un Brave Soldat Chvéïk transporté dans les bureaux et les champs de bataille de l'Action Philosophico-Politique en Campagne (on était très peu nombreux à en rire) (après avoir tenté naïvement, pour ma part, de lancer des propositions de type un peu alphonsallaisien mais qui avait cependant la qualité d'aller sur un mode joyeux à la rencontre de ce monde ouvrier dont tout le monde parlait sans le connaitre) (mais il fallait s'identifier à toutes les victimes de toutes les misères du monde, et non comprendre ce que nous étions là, et cela excluait le rire) (autre révélation d’importance : très peu d’humour en 68 au sens propre du mot, si beaucoup de ricanements envers le peuple réel).

Je ne pense pas qu'il y ait JAMAIS EU AU MONDE une révolte d'étudiants "en colère" aussi peu inventive, et qui se prive aussi volontairement de toute initiative locale, excentrée, originale, pertinente, décalée, positive, de toutes manifestations plurielles de la liberté : du coup, c'est le triomphe du manque complet d'imagination (qui se veut naïvement au pouvoir, au même moment où elle brille par son absence dans les seuls temps/lieux et occasions de contre-pouvoir où justement elle peut se fonder et fonder les principes de perpétuation de son exercice) (et quand manque l'imagination, ne restent que les utopismes grossiers, les concours d’invectives et la casse) (toujours valable aujourd'hui) (regardez l’an passé ce chef d’œuvre d’inimagination que fut Nuit Debout) (on en a tous les jours de nouveaux exemples. Oh tout ce gâchis, de temps, d'idées, d'énergie, de salive, d'argent, qui dure depuis des dizaines de décennies dans des tas de domaines, c'est un drame français...!).
Caricature qu'à ma connaissance personne encore n'a signalée dans ses fondements et ses ressorts. Et dont je pourrais donner maints exemples hilarants. (on me rétorquera qu'il y eut quand même des initiatives et de la création, ateliers d'affiches, dessins, journaux éphémères où chacun passait à tour de rôle dans tous les métiers du journalisme et de l'imprimerie, expos sauvages, théâtre improvisé, rencontres dans les rues ou dans des endroits insolites, etc. : je répondrai qu'effectivement, et qu'en effet je ne retiens ici que les arguments qui servent ma thèse. Mais la thèse inverse est tellement mensongèrement montée en épingle depuis 50 ans que pas besoin que j'en rajoute) (le chauvinisme franco-lutécien est quelque chose : il y a toujours eu d'extraordinaires pionniers dans tous les domaines, en France, à Paris et ailleurs : mais se souvenir que Paris les a boudés longtemps, avant, quand ils furent inévitables, d'en remettre sur leur consécration, tè prenons Baudelaire ou Rimbaud, par seuls exemples de choix, il y en a des centaines d'autres, c'est presque la règle) (les établis, sur le moment, consacrent toujours les faussaires, vous allez voir si ça va pas être pareil en ce mois de mai 2018) (Sollers osera-t-il revenir parler de Debord ?) (ô mânes de Noël Arnaud, qui nous réjouissait à ce sujet dans sa maison de Penne/Tarn, temple de la dive botelha !) (et ce commun prénom me fait penser qu'il y a pas mal d'Arnaud dans Godin) (òme d'òc, you know ce qu'il te reste à faire) (bien entendu, pour les sociologisants de la vulgate marxiste ou libérale, la nature complexe et transhistorique de ce qui permet ou non la liberté ou la faculté d'imagination et d'invention n'est pas objet d'étude) (les intellectuels qui croient qu'ils étudient la "réalité" alors que les autres s'occupent de "représentations") (et, parmi eux, ceux qui viennent vous dire, ils seront nombreux parmi nos lecteurs, que votre fameux "unitarisme issu du centralisme" n'est que "la forme – locale, transitoire, secondaire, induite, etc – du phénomène universel de la domination bla bla bla", plaquant un général réponse-à-tout sur un particulier qu'ils n'analysent jamais dans sa spécificité) (ce qui s'appelle l'universalisme abstrait) (on ne peut pas en vouloir à ces penseurs, c'est leur formation qui veut ça, et l'unitarisme a un pouvoir extraordinaire).

La suite : réforme bâclée de l'université dès la rentrée (mais il faut aller vite) ; audience accrue du gauchisme politique, qui va durer durer ; rattrapage de la société française, à sa façon, de son retard dans les revendications sur les mœurs, qui sera freiné un temps dans ses dérives trop bourgeoisiennes par le marxisme dur des gauchistes à doctrines et les critiques de quelques vrais anarchistes ou autres, (cependant que les droitistes sont de plus en plus fascinés), mais l'universalisme abstrait (issu de l'unitarisme, lui-même issu du centralisme intellectuel) sera en fait le grand vainqueur culturel de ces événements (les bourses prolétariennes en étant sur le moment le grand vainqueur économique, nous sommes nombreux à en avoir profité). Et il est toujours là, plus fort (s'appuyant sur les concentrations financières nouvelles, qui le cachent comme tel aux gauchisants, et à plein d'autres) (à mon humble opinion, les situationnistes furent les unitaristes -ô combien franco-franciens, donc !- les plus conséquents de toute la période, explorant ses confins - sans jamais réussir à voir au-delà - avec un prolétaro-aristocratisme de bonne facture chez les meilleurs, provincialisant avec talent tous les apprentis récupérateurs) (qui gagnèrent vite, ce qu'ils avaient à gagner) (les places et le déshonneur).
 
De Gaulle, relisant Tocqueville, ou prenant conseil auprès de gens qui le relurent pendant l'été (il y avait des dossiers dans les tiroirs depuis longtemps, mais enfouis), se remit à comprendre que la centralisation excessive de certains pouvoirs conjoints fragilisait, en cas de crise dure, le pouvoir suprême. La solution était donc de reconstituer de petits contre-pouvoirs locaux, bien ancrés sur leurs terrains, qui noieraient les agitations radicales dans la gestion de problèmes circonscrits, et ne seraient jamais assez forts pour ennuyer trop le pouvoir central. Il y avait aussi chez De Gaulle un certain utopisme sincère, celui qui l'avait conduit à garder des "gaullistes de gauche" dans le gouvernement, et qui le mena à prôner la fameuse "participation". Utopismes combattus de l'intérieur du pouvoir par ceux qui devaient prendre sa suite (Pompidou, Giscard D'Estaing...) et qui firent capoter le référendum de 1969 sur la "régionalisation".
 
Bien entendu, la question du centralisme intellectuel, culturel, artistique, journalistique - bien différente de celle de la centralisation politico-administrative et de ses "excès" - n'était posée par personne en France - sauf par un Feliç CASTAN inaudible, du fait de son anti-régionalisme "paradoxal" - même si certains conseillers de Pompidou sentaient confusément qu'il y avait quelque part par-là (mais où ?) un vrai problème (quelques-uns avaient lu Lafont et autres penseurs régionalistes) (et la décentralisation sans décentralisme arrivera 20 ans après dans les bagages des anciens de 68 désormais aux affaires) (l' inimagination au pouvoir, comme il convient) (n'avoir pas su démontrer par l'action, aux forces de gauche notamment, quel était le levier sine qua non de toute transformation en profondeur du pays est bien de notre fait, puisque c'est nous qui seuls l'avions sous les yeux et qui n'avons pas su le voir) (bats ta coulpe, Occitanien, bats ta coulpe !)


Felix Castan, Claude Sicre et Henri Meschonnic place du Capitole à Toulouse pour le Forom des Langues du Monde en 1995. Crédit : Carrefour Culturel





 

Enfin révélée LA SEULE ÉPOPÉE, etc. (voir l'intro) :

Le mouvement occitan n'a, pas plus que d'autres, été inventé en 68 (et à l'époque, je ne l'ai pas croisé à Toulouse : Alcouffe, président de l'Unef et personnalité de cette époque, en parlait certainement en mai et un des premiers, mais je ne l'ai pas entendu hélas dans ce genre de propos).
Mais, encore hélas, Mai 68 va prendre la tête à ce mouvement (la provincialisation nouvelle - c.-à-d. le barrage à l'approfondissement d'une vraie démocratie pluraliste, donc anti-centraliste - touche tout le monde) en même temps que lui apporter de nouveaux militants (qui seraient venus de toutes façons, à mon avis, sur d'autres bases) (on n'en saura jamais rien).
Il va se laisser inspirer par toutes sortes de gauchismes, réformistes ou révolutionnaires (maoïsme) dont il ne voit pas l'unitarisme sous-jacent. Il ne voit pas où doit se porter son action, alors que tout lui indique (tous les hommes politiques français, de tous les bords, en viennent, à un moment ou un autre, à parler de la nécessité de revoir les institutions, l'organisation politique du pays, à se rendre compte qu'il faut, avant de décider CE qu'il faut faire, de revoir les règles du qui décide quand comment et en fonction de quoi - même les étrangers le leur disent - et tous finissent par abandonner ou reporter, vaincus par ils ne savent quoi, une routine, un immobilisme implacable qui les dépasse) (le mouvement occitan a là un boulevard devant lui, s'il sait désigner les profondes racines et le fonctionnement de cette mystérieuse routine) (et la littérature occitane lui fournit tous les matériaux voulus).

La complexité de la question occitane est tellement grande qu'elle défiait, et défie toujours, l'intelligence (tout simplement parce qu'elle est le maillon cassé, ou absent, de la chaîne de pensée qui permet la compréhension de l'histoire des idées en France) (et c'est toujours depuis cette chaîne de pensée que tous nous comprenons le monde) (je pose ainsi ensemble toute l'humblesse et toute la grandeur de notre tâche) (mais seul Écho répond à ma voix) (non, le rire des dieux d'Homère me fait parfois quelque signe, et j'ai vent que Tocqueville, Jaurès, Mendès et De Gaulle ont commencé les premiers à examiner mes thèses, là où ils sont).
Il faudra bien des années pour que ce mouvement se débarrasse de Mai 68, cristallisation mythico-calendaire d'un certain gauchisme (c'est à peu près fait maintenant, sauf chez quelques rares intellectuels) (qui parlent d'exil pour la mobilité géographique intérieure, puisqu'ils parlent aussi de colonialisme intérieur et d'échange inégal, etc., sans avoir mesuré tous les apports de la centralisation), mais l'unitarisme à la française, lui, est encore dans toutes les têtes occitanistes, même celles de nationalistes. Alors que, justement, la seule chance historique de ce mouvement est de combattre l'unitarisme centraliste en faisant l'alliance de TOUS les français contre lui, parce qu'ils en sont tous frappés (même les parisiens et les intellectuels de l'élite - rabougris par le provincialisme qu'ils fabriquent à longueur de temps, c'est leur œuvre principale) (ils n'ont plus que ce pouvoir pour se donner l’impression qu'ils sont puissants encore, ce qui explique pourquoi ils passent leur temps à rabaisser leurs populations par tous les biais) (voir les beaufs de Charlie Hebdo et la France moisie et tout le reste depuis des décennies, tout ça né bien avant 68 et relancé après, pas du tout induit par les "évènements") (tous les jours sur les antennes et dans les films français et le théâtre et les romans à la mode, un incroyable gâchis d'intelligences et de talents qui se mettant au service de la cause contraire redonneraient à la France la vitalité qu'ils lui enlèvent) (la voilà bien la maladie, le voilà bien le remède !) (et si ce n’est pas l’unitarisme c'est quoi qui a contré les Corses, il y a peu, alors qu'ils pensaient peut-être s'en sortir tout seuls ?) (le jacobinisme, répondent les abonnés aux vieilles lunes) (ou le "parisianisme" ou je ne sais quoi d’aussi simpliste), parce que l'occitanisme est, à mon sens, le mieux placé pour jeter les bases stratégiques de cette alliance. Pourquoi le mieux placé ? Parce qu'il n'a pas le choix. Il ne peut pas, comme d'autres mouvements de cet ordre (apparent), rêver à faire échapper l'Occitanie (c'est quoi ?) de la France : on voit l'échec de ceux qui ont prôné cette stratégie. L'Occitanie (ses oeuvres dans sa langue, sa culture dans ses deux langues, ses réalités de toutes natures) A FAIT la France, plus que toute autre partie de ce qu'est la France, justement parce qu'elle en est toute autre chose qu'une "partie" (c'est justement ce qu'il faut faire savoir, car c'est un occulté majeur de notre histoire) autant qu'elle a été faite par la France. Et, ce comprenant, l'occitanisme (cessant illico d'être un régionalisme, et le régionalisme le plus faible qu'on ait jamais vu) devient ce qu'il est essentiellement (bien vu !), le seul mouvement capable d'aller remuer les fins fonds de l'idéologie française et par là de proposer à tous les Français cette épopée dont je parlais : celle qui, dans la joie de la découverte d'un continent jusqu'ici inaperçu, revisitera toute l'histoire de la pensée française, allant de surprise en surprise ("c'était donc ça !"), fera sauter tous les blocages et nous ouvrira les chemins innombrables de l'imagination créatrice. Amen amen (j'ai soif !).
 
Mais c'est une autre histoire, dans laquelle Mai 68 n'a guère d'importance. Autant dire aucune.
 
Merci de votre lecture !!!!!!!!
 

Et, si vous voulez, on fait un hommage à Séguy, à la Bourse du Trabalh, pour la date anniversaire des accords de Grenelle. Avec chansons en patois toulousain et fanfare des Pescòfis. N'oubliez pas d'inviter Mélenchon, surtout !




Repas de Quartier à Arnaud Bernard, Toulouse. Crédit : Carrefour Culturel




Annexes

 

68 et la musique

Bernard LORTAT-JACOB, ethnomusicologue français de réputation internationale, lança dans les années 80 une réflexion sur le manque de musique en actes constaté pendant les dits "événements". Se posait la question. Mes réponses, qui tournaient autour de l'analyse du centralisme et du folklore, l'intéressèrent.
De quelles musiques parlions-nous ?
De celles qui, puisées dans le folklore, aux USA, dans toute l'Amérique du Sud, en Espagne, en Italie et partout dans le monde, permettaient et stimulaient la création collective de paroles nouvelles, la danse et même l'invention de danses, l'accompagnement hétéroclite faisant flèche de tout bois, créaient une communauté éphémère inventive dans les manifs et autour. Avec un suivi hors des actualisations ponctuelles, une mémoire collective, des ajustements incessants mélangeant apports savants et anonymes, une invention perpétuée.
Rien de tout ça en France !
En 68, la CGT faisait chanter "Pompidou navigue sur nos sous" et quelques autres refrains du folklore scolaire, les gauchos invitaient parfois quelques chanteurs à texte à écouter religieusement, et les musicologues free-gides croyaient voir dans la liberté musicale du free-jazz un vecteur de la liberté politique (mythologie des liens directs entre révolutions politiques et révolutions artistiques, tarte à la crème toujours en vogue chez nos "plus grands intellectuels").
Les populations absentes toujours et partout, sinon comme consommateurs vainement recherchés, et jamais dans leur participation inventive (mais qu'est-ce qu'ils en parlaient, les gauchos, de participation, en organisant le contraire !).
Les choses n'ont pas changé. Des générations entières, depuis plus d'un siècle, de jeunes - et de vieux - français admirent, consomment et surtout vivent les musiques populaires de presque partout (USA, Angleterre, Sud-Amérique, Espagne, Afrique, Inde, Pays de l'Est, Italie) alors que la musique/chanson française n'est "consommée" nulle part ailleurs qu'en France et sur le mode "consommation", justement (plus de musiqués que de musicants, devant les musiciens) (lire Gilbert Rouget).
Alors c'est quoi, ce problème avec le folklore ?
Venez voir à Peuples et Musiques au Cinéma, fait pour ça !
(au fait, c'est à peu près pareil, avec d'autres chronologies et dans d'autres mécanismes intérieurs, pour le théâtre, la littérature, le cinéma et autres).
 


Lecture : une Toulouse d'avant 68

… Mes origines sociales et méridionales mélangées, mes diverses "formations" avaient tout fait pour que je ne vois pas le monde comme tout le monde : dans les bars un peu intellos ou artistiques de l'époque, à Toulouse (donc avant 68) (ne croyez pas que j'exagère, c'était pire que ce que je raconte !) (vous n'avez pas connu ça, vous gens des petites villes et des campagnes qui me lisez !) on n'entendait que petit-bourgeois (ou fils de grand, parfois) (rares boursiers) qui parlaient de leur prochain voyage à Paris, ou qui revenaient juste de Paris où ils avaient vu ceci cela (des conneries) et de leurs tantes qui habitaient à Paris dans le 16e bien sûr, ou alors c'était la ridicule (quand on sait) mythologie de St-Germain des Prés et les intellos engagés du Flore (ça marche encore) ou les révolutionnaires romantiques de là-bas ou alors c'étaient les artistes, de Paris, qui devaient venir en "province" chez nous parler de peinture ou présenter leurs films, ou les chanteurs rive gauche qui allaient venir nous chanter Paname et la gauche bohème, de Pantruche pour changer un peu, ou encore des études qu'ils allaient partir faire à Paris, etc. Et toute leur aventure dans la vie était contenue dans le seul nom de Paris. Tous comme ça, à l'exception - ils revenaient eux aussi toujours à Paris mais savaient parler d'ailleurs - de quelques originaux en burberry qui parlaient de Londres, de beats proprets qui parlaient d'Amsterdam ou de Marrakech, d'un génie (qu'est-il devenu dans la vie, celui-là ?) qui parlait toujours de Sète (haschich du Maroc arrivé direct, groupes anglais bientôt célèbres qui passaient par là avant d'aller en Espagne, chansons napolitaines, esprit du port et cuites dans d'authentiques rues de la Sardine). Et j'étais l'exception qui pas un mot pour Paris et ne parlait que de New-York Monterey ou de Poughkeepsie/ Plouc-ghkeepsie pour les emmerder, et qui comparait mes terrains vagues d'enfance à ceux de l'Amérique des années 20 que je fréquentais par la lecture de Bicot du Club des Rantanplan (ils connaissaient pas Bicot, mais je les impressionnais) (il y avait aussi trois filles des jeunesses communistes ou filles de militants - dont videmment une fille d'immigrés italiens de Vénétie, c'est toujours comme ça chez nous - qui passaient régulièrement et parlaient aussi de Paris mais pour d'autres raisons : deux iraient plus tard s'y installer à contre-coeur, parce que c'était là-bas qu' il y avait du boulot dans le tertiaire journalistico-littéraire et le professorat et les services culturels des mairies de leur bord, mais bon, il fallait bien, c'était une chance d'avoir ces possibilités) (oh, quel gâchis, quand même, leurs enfants élevés loin de leurs grands-parents et des villages péri-toulousains, alors que nous aurions pu avoir chez nous autant de robustes petits garçons jouant au rugby d'une main et lisant Kerouac ou Castan de l'autre, et d'aimables petites filles qui feraient de solides études et, plus tard, prendraient résolument en charge, avec de grandes conceptions sociales, la vie de leur cité ou de quelque entreprise innovante) (dont je lisais des descriptions californiennes futuristes dans Sélection du Reader's Digest depuis les années 50 y avait plus qu'à adapter ça chez nous en prenant les bonnes idées et en laissant tomber les idioties amerloques) (les grands-mères de la campagne auraient donné d'autres valeurs aux petits-enfants) (oh oui, tout ce gâchis : j'en pleurerais, si j'avais un mouchoir).

Donc, Paris et la diffusion massive des modes à la con m'étaient ainsi devenus synonymes (je découvrirai Fourès plus tard, et ça me rappellera des choses). Le problème, monumental, et qui m'aurait écarté de tout régionalisme si j'en avais eu l'idée et la tentation, c'était que la plupart des trucs bien c'était aussi Paris qui les produisaient ou les diffusaient : une vraie Capitale, donc. (je voulais y aller faire un tour, moi aussi).
Ces jeunes attablés (pour la plupart des Toulousains) (et à l'exception des trois jeunes filles) se répétaient de diverses façons : "Rien à foutre à Toulouse ! Ville de ploucs et de ratés !" (ça vous l'avez tous connu chez vous, je suppose).
Mais moi ça commençait à me courir, ces refrains, et je ne me sentais ni plouc ni raté, au contraire, j'avais de formidables ambitions pour moi et tous mes copains de partout, et des projets délirants à réaliser tout de suite sur place (par exemple, pour commencer, racheter un terrain vague du foot, menacé par des promoteurs, avec l'argent que nous rapporterait un roman d'action urbaine à écrire à plusieurs) (sous ma direction) (plus tard devenant un film) (et là il aurait pu y avoir des chansons originales, pour une fois).
Et, me demandai-je, que pouvait être l'intelligence de ces parisiens qui acceptaient de jouer ce rôle de messies de l'intellect ou de l'art devant de tels moutons ? Ils avaient pas honte ?
Aucune fierté de leur métier ? Aucun honneur ? Ça les gênaient pas, de vaincre sans périls ? (en réalité, je le comprendrai plus tard, ça les empêchait d'inventer quoi que ce soit, et il faudrait pas attendre longtemps pour que beaucoup d'entre eux ou leurs petits frères, après tant de temps passé à cracher sur l'Amérique, tombent sans recul et sans contre-poison élaboré dans les filets des pires americâneries, toujours prêts à tourner venir en "province" nous les revendre avec un peu de french parisian touch ajoutée).
Alors, toujours dans ces cafés, je me lançai intrépidement (un véritable héros solitaire dévoué au bien public) dans des discours mégalomanes d'aventures hollywoodos-toulousaines qui faisaient rêver mes auditeurs, exactement comme je le faisais en bas de ma cité, mais avec quelques références littéraires en plus. Censément pour donner de l'enthousiasme à tous et retenir l'exode (ou le ramollissement) (des cerveaux) (j'ai jamais changé, en gros) (les jeunes filles communistes m'aimaient bien)...


Bébêtise des graffitis

Jamais compris, depuis 68, l'engouement de la presse et de nombreux artistes ou intellectuels pour les graffitis de 68.
Je les ai toujours trouvé cuculs, ou concons.
Me vient en tête, toujours : "Il est interdit d'interdire." Je ne pense pas que dans leurs plus mauvais jours, même très fatigués, les spécialistes des paradoxes comme Oscar Wilde ou Cocteau, qui en produisaient souvent de très mauvais, auraient osé sortir ça. Et Prévert non plus.
Du mauvais cirque littéraire. Y a pas mal de champions de ce sport, en France. Récemment, la revue de la SACEM s'extasiait devant les paroles d'un chanteur français qui avait écrit : "Même les tilleuls mentent." Vous voyez un peu le niveau. Pourtant, la culture française a eu des bons frappeurs de phrases, dans ce registre : je relis souvent Alphonse Allais, depuis plus de cinquante ans, et il me fait toujours autant marrer, et j'en ai toujours fait la plus persévérante promotion partout (ici encore). Quelle décadence !
Expliquez-moi d'ailleurs ce qu'a d'intelligent la phrase de Breton sur "les mots qui font l'amour", que certains commentateurs cultivés (?) ont ressorti à propos des graffitis. Et qu'admirent encore les critiques et tous les benêts de la fausse littérature (Bernard-Henri Levy a fait semblant de l'inventer dans une interview, il y a peu, c'est dire). Ne signifie strictement rien et n'évoque rien. Sauf, peut-être, pour les plus retardés du structuralisme scolaire et du surréalisme bêta. Et les toujours "hébétés", par tous les tours de passe-passe sans signifiance, les virtuosités gratuites, les attrape-nigauds.
Pour faire le lien et en revenir à Alphonse Allais, c'est chez lui que j'ai trouvé une des plus belles phrases concernant ce qu'on pourrait nommer la psycho-musicologie : décrivant un défilé militaire et son public, il notait : "L'âme des enfants vibre au vide ronflant des tambours." Quel balancement ! La position des deux "vi", les deux "ant, le "flan" qui rappelle le "fla" (onomatopée d'une frappe de tambour) (c'est sans doute moi qui vais loin, là) j'en passe, et ce au service de la plus fine des remarques (à tous points de vue, physique acoustique la peau qui vibre et vibre l'air et psychologique pour faire vibrer l'âme des enfants bien vu - et âme qui dans les violons transmet les vibrations des cordes - remarquable choix du mot). Une des plus belles phrases de la littérature française. Oui, quelle décadence !
Il me vient aussi : "Soyez réalistes, demandez l'impossible !" Toujours cité parmi les fleurons de ce jeu de société que les jeunes des faubourgs pratiquaient autrement mieux (je me souviens de celui de la route vers Narbonne je crois où, sur un mur toujours plein de graffitis et fraîchement et entièrement reblanchi, un arganhòl inspiré avait écrit un énorme "Tiens ! Ils ont repeint", qui avait fait rire toute la ville).
Ce "demandez l'impossible !" résume très bien la situation : celle du petit garçon qui a toujours demandé tout à papa, et qui continue, sur sa lancée, sans voir l'énormité de ce qu'il sort à l'heure où il se veut libre.
Les graffitis violents, genre "un bon flic est un flic mort" ou je sais plus quoi avec les CRS me heurtaient : c'est vrai que les CRS ou les flics n'évoquaient pas chez nous les Versaillais venus de province réduire dans le sang les révoltes de la Commune, mais plutôt certains enfants de nos voisins du quartier ou de cousins plus lointains. Et puis, on ne se rêve pas en assassins, chez nous.

Je pourrais continuer comme ça longtemps… Pas un de ces graffitis qui m'ait jamais fait rire ou simplement sourire ou m'ait fait passer la moindre idée intéressante. Serais-je l'enfant d'une autre civilisation ?
Celui d'Ètelin que je cite plus haut, oral, oui, et beaucoup de ceux des rues de Toulouse, en dehors de 68, m'ont souvent réjoui. Ceux des maos parisiens arrivés en force à Toulouse en 70 étaient aussi très réjouissants, pour d'autres raisons : ces maos (aussi spontex qu'une marque d'éponges) faisaient des fautes d'orthographe exprès, pour faire croire que c'étaient des gens du populo qui les avaient écrits. Mais, comme ils venaient de Paris, ils faisaient des fautes qu'un prolétaire toulousain ne pouvait absolument pas faire, à cause de l'accent et du parler populaire toulousain, et l'effet recherché était lamentablement raté, les gens disaient : " Ah ça, c'est les maos de Paris ! "
 

Lecture : mes formations

… Je n'avais aucun genre de chauvinisme toulousain, ou régional. En fait, j'habitais culturellement aux USA, où j'avais trouvé appris et adopté une philosophie enthousiaste de l'initiative individuelle (là où on est, dans tous les moments de la vie) qui construit immédiatement du collectif, une philosophie de l'esprit d'entreprise et d'aventure, la pensée d'une forme de démocratie qui mettait les inventeurs pauvres au-dessus des bourgeois confits dans leurs certitudes de tous ordres, un optimisme positiviste un peu béat mais mobilisateur, de la confiance dans les inarrêtables progrès de la technique (ça je le trouvais aussi dans les publications communistes, j'y viens) et tout ce genre de choses. Un vrai enfant du Plan Marshall.
Cet habitacle culturel était contrebalancé par ma petite vie d'enfant d'ouvrier méridional (le patois des grands-parents quand ils s'engueulaient, le " francitan" partout, l'accent de tout le monde, le père et le grand-père champions locaux de boules avec tout le folklore local qui va avec, les origines biterroise, tarnaise, ariégeoise et gasconne...) (quoique tout ça loin de la campagne, c'est important), contrebalancé aussi par la sympathie d'une partie de ma famille pour le Parti Communiste, ainsi que par leur "militantisme" laïque et social de tous les jours : ma mère était aux Femmes Françaises, elle nous faisait lire Vaillant, me faisait chanter aux fêtes du PC ou du Cercle Laïque et, avec mes frères, on allait tous les étés à la colonie CGT d'Ussat-les-Bains (enfants de républicains espagnols, de réfugiés, de syndiqués, de militants, orphelins..). Tout ça allait forcément avec d'autres lectures et d'autres folklores, qui relativisaient le premier.
Ces diverses "formations" furent elles-mêmes contrebalancées, assez classiquement, par l'école : lecteur insatiable depuis ma jeune enfance, et bien que partageant et même souvent organisant (déjà) les jeux, les matches et les loisirs des copains de la cité où j'ai grandi, je me suis pris au jeu de la culture classique française car, bon élève quand je voulais, je m'étais retrouvé au Grand Lycée de Toulouse en 6e, premier de ma famille et de mon milieu à connaître ça (avec le latin, l'anglais le russe et le reste : mes copains d'en bas se demandaient ce que je pouvais bien foutre).

La nature hétéroclite de ces formations, continuées à l'adolescence et après, vont peu à peu m'isoler de tout le monde : je restai très copain avec mes voisins de la cité mais je n'appartenais déjà plus à leur monde : ils avaient passé le certificat d'études et ils étaient apprentis ou ils travaillaient déjà à 16 ans et certains s'étaient mariés, bien obligés, à 20 ans ; j'avais des copains au lycée, mais rarissimes étaient ceux qui m'invitaient chez eux : je n'avais jamais été de leur monde (très séparés les mondes, en ces temps). Me restaient quelques copains de la musique ou du sport ou des conversations littéraires et philosophiques : mais des sportifs (de terrain vague) aussi musiciens (de quartier) aussi intellos qui avaient lu Pim Pam Poum et Buck John et jamais Tintin ou Spirou ou que sais-je dans leur enfance et qui se régalaient à lire Platon autant que la Série Noire et qui préféraient Steinbeck ou Jack London à Sartre et bientôt le blues rural à la variété rock et bientôt au rock tout court, c'était plutôt rare.

Je ne me retrouvais dans aucun milieu, et dans aucun courant de la culture française. Mon Américke populaire et inventive avait définitivement provincialisé dans mon esprit la culture faux peuple qu'aimait la bourgeoisie française, tout autant que ses gloires médiatiques et ses chichis mondains, tout ça suant le mépris des populations et de la "province", auquel j'étais sensible ; avait éteint depuis longtemps l'imagerie soviétique (comme moi et mes copains de cité et de colo, nos parents adoraient les films américains et la musique et les romans et rêvaient de voitures et de frigos amerlocks et badaient les prolos en jeans de là-bas) ; mes études lycéennes m'avaient donné une curiosité intellectuelle (merci les instits et les profs, et merci les hussards noirs qui avez instillé plus tôt cet esprit d'étude dans la tête des pauvres !) et un autre recul sur les mêmes productions commerciales pseudo-populaires ou un quart-savantes que celles que mon Américke provincialisait par le bas (on nomme ça une prise en ciseaux). Et qui dans le même mouvement me permettaient un recul sur mon folklore américain.
 
Tout ça explique peut-être pourquoi je n'étais pas prêt à devenir un petit soldat de Mai 68. Mais j'ai beaucoup appris...
 
  

Du centralisme et de l'unitarisme (français bien sûr)

CASTAN écrivait dans les années 60 que le centralisme “est aussi invisible et aussi présent que l'air que nous respirons". Image forte ! En fait, quand on l'a repéré, on le voit partout à l'œuvre, depuis des siècles, dans toutes les œuvres de la culture française, la littérature, la critique, la musique, le théâtre, le cinéma, la philosophie, la sociologie, l'ethnologie, l'anthropologie, l'histoire, on l'entend sans arrêt dans les radios, à la télévision, on le lit dans les journaux, partout. Il est l'inconscient collectif du pays et de toutes ses entreprises culturelles. J'ai écrit quelque part, pour me moquer, que l'inconscient de la France était structuré comme le rapport Paris-Province. Il engendre l'unitarisme, et ce dernier installe sa toile en cachant ses origines politico-culturelles, et devient un système de réflexes de pensée qui semble naturel, rationnel, incritiquable, qui est admis par tous sans discussion, et qui génère une impossibilité de penser rêver autrement, c’est-à-dire hors de ce système. 68, les évènements et, surtout, la mythologie qu'on a plaquée dessus depuis 50 ans, en est un bon exemple. Ceux qui s'opposent sur 68 admettent pareillement les principaux thèmes de cette mythologie : mais aucun ne remet en question fondamentalement cette mythologie, en l'analysant comme telle. Ce que j'essaye de faire rapidement, en montrant comment elle s'était construite. Il faudrait des pages et des pages pour démontrer que c'est l'unitarisme centraliste qui est derrière cette construction, comme maître d'œuvre et d'ouvrage. Rien à attendre de l'université et des thèses pour commencer ce travail.

Quel étudiant, quel professeur voudraient s'attaquer à analyser l'invisible ? C'est le rôle des créateurs, de le rendre visible. En montrant, de l'encerclement, les tangentes à prendre. Puis ce sera le tour des théoriciens, des politologues, des historiens, etc, d'expliquer ce que les créateurs ont mis en lumière. Il faudra tout relire, tout retraduire, tout revoir : un extraordinaire chantier. Et la plus fabulouse des aventures, pleine de joies, d'amour, de fantaisie, d'humour (courtois) et d'inventions si extraordinaires dans tous les domaines que les imaginatifs de la Silicone Valley et les malinas du Céleste Empire Pop. en resteront sur le Q.
 


Nos contrepieds aux pseudo-idées de 68

J'en ai souvent parlé comme ça, quand on me questionnait sur Arnaud-Bernard, et ce qu'on y faisait. La logique utopiste qu'on nous servait était toujours la même : demain ou ailleurs ou demain et ailleurs.
Demain, c'était l'après : après la "révolution" (tout se règlerait ou en tout cas serait sur le chemin de), ou après quelque perfectionnement personnel (méditation, yoga, travail sur soi etc) ou après je-ne-sais-quoi, toujours après, bientôt, plus tard ("on discutera de ça plus tard, ce n'est pas l'urgence") (et en attendant on fait comme avant).
J'en ai fait une chanson (deux mêmes, une en français, et une moins connue en langue d'oc).
Les ailleurs, vous les connaissez :
 
- les ailleurs familiaux/sociaux, la "communauté" (ghetto des gens du même âge et du même avis, l'horreur absolue, pour contester la famille patriarcalo-étouffante bla-bla), les diverses formes d'ermitage et de solitude choisie, tous les regroupements par thèmes (de la secte au bon chic branché loin des "fachos", "ploucs" et autres "square" comme ils disaient, ou alors en plein milieu mais pour les éduquer, les pauvres).
 
- les ailleurs géographico-culturels, les îles bienheureuses (l'enfer du tourisme profiteur à bas prix), les contrées exotiques où se sont gardés ceci cela et où souffle la spiritualité machin (l'Inde, le Népal, les réserves des indiens Yaquis et tout ça) ou celles où il faut soutenir la révolution déjà faite (Cuba, meilleur exemple), les campagnes pauvres que l'on va faire "bouger" (voir plus haut), les grandes villes où tout se passe (bien sûr Paris, bientôt provincialisée par New-York, Londres, Berlin, voire Barcelone, Tokyo, aujourd'hui Pékin ou Edimbourg ou ce que vous voulez) (le tour du monde branché des magazines est aussi prévisible que l'horoscope des journaux). Sans parler des ailleurs dans la tête, la fuite de tout et de tous, et ce qui s'ensuit (pas besoin de développer).
 
Nous avons nous choisi l'ici (chez nous), le maintenant (tout de suite, aujourd'hui) et l'avec tout le monde (tous les gens qui s'y trouvaient), affrontant en face toutes les idées qui étaient là, sans rien fuir.
Ce qui nous a mené à penser la concitoyenneté comme préalable à la citoyenneté, le civique avant le politique et donc les contre-pouvoirs à LA politique, l'éthique de tous les jours (et donc la morale, contre les moralismes et les amoralités), et qui a contribué secondairement à nous mener à un certain occitanisme (venu par ailleurs mais qui a excellemment montré son efficacité dans l'action, quand il n'était pas un plaqué, quand il inventait des réponses à des questions qui se posaient n'ayant rien à voir directement avec le thème occitan).
Aucune idée ou ambition de changer le monde ou la vie en général, mais changer un peu notre quartier et notre ville, et un peu nos vies, par des œuvres de tous les jours dans tous les domaines où nous pouvions nous donner un pouvoir collectif de le faire. En nous informant tous les jours de ce qui se passait ailleurs (sont passés des émissaires du monde entier, qui venaient nous visiter) mais sans jamais sacrifier à aucun modèle, tout rediscuter sans cesse avec le plus grand nombre et tout essayer dans des pratiques quotidiennes publiques, au vu et au su de tous. Le contraire de toutes les utopies : l'hic-et-nuncquerie généralisée et la démocratie sans craties extérieures à celles que trouvait chaque activité.
De ce poste, nous avons pu mesurer les incroyables forces que pouvaient générer des analyses claires de chaque situation, et la force de l'occitanisme réfléchi dans ces situations ; c'est de ce poste, tout en bas de la société française, en "province", dans un quartier populaire du centre-ville, en compagnie de gens d'origines diverses mais toujours très modestes, que nous avons pu voir à l'œuvre, partout, ce que nous appelons l'unitarisme centraliste, qui désoriente toutes les analyses, en dernier ressort. Tous les termes qu'on nous a proposés (et donc toutes les analyses qui les soutiennent) ne rendant absolument pas compte des résultats de nos expériences pendant quarante ans. Ce qui peut suffire pour les émissions des radios publiques, les journaux nationaux ou régionaux, les partis politiques, les sociologues, les militants régionalistes, les thèses d'université, les premiers ministres ou les présidents de la république ainsi que pour les livres à gros tirages ne suffit pas à ceux qui ont vécu ces années dans un petit quartier de Toulouse (ou dans d'autres ailleurs "périphériques").
 

Claude Sicre, mai 2018






Affiche de l'édition 2018 du Forom des Langues du Monde

 

Sicre par Claude

Claude Sicre : grandi à la Cité de la Dépêche, quartier des Minimes (un des premiers HLM de Toulouse, au milieu des entrepôts, des scieries, des terrains vagues et à 500 mètres de la dernière ferme de Toulouse faubourgs). 
Connu comme un des meilleurs joueurs de foot de rue de tout le Nord de Toulouse (a joué au rugby aussi en minime au Stade Toulousain et en junior A au TUC).
Veut travailler et partir voyager aux USA et se fait virer de Fermat en seconde. Lettres Modernes et Institut de Sciences politiques, puis Philo après 68.
Pion, puis USA en 72 (traversée en stop et rencontres à Hollywood).
Retour en France, petits boulots (chauffeur-livreur).
Veut toujours être scénariste de cinéma toulousain (et musicien du samedi et du dimanche aprèm dans le quartier). Corrige et réécrit des polars pour des auteurs. 
Stagiaire à la Série Noire (Gallimard), temple du roman américain et des cinéastes de ce genre qui viennent y chercher des scénarios.
Tout est en place pour son parcours.
Découvre l'occitanisme dans ce Paris (1976) et, rentré à Toulouse, y plonge définitivement.
Deux filles, deux petits-fils.
Pionnier de grands mouvements concitoyens, repas-de-quartiers (depuis 1991), Foroms des Langues du monde (depuis 1993), conversations socratiques de rue (depuis 1991), bals pour tous, etc.

www.escambiar.com



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Commentaires
Léa Longeot
07 juin 2018 10:45
Je viens oui, converser à partir de ton texte, Claude, comme tu m’y as gentiment invitée – merci à toi, merci à ceux qui te l’ont commandé, je l’ai fait circuler illico au comité de didattica il y a une quinzaine de jours, dont une membre a réagi rapidement « ça fait du bien de remettre les pendules à l'heure ». En 68, mes parents n’étaient pas encore mariés, ils s’étaient rencontrés à Nanterre quelques années auparavant et partaient à Rennes (69-81), puis en Algérie (71-73) pour ensuite s’installer à Vivinières – entre Salviac et Domme (78) et Toulouse (81), capitale culturelle de leurs mères respectives (Souillac et Passage d’Agen), mes deux grands-mères (dont l’une parlait occitan jusqu’à sa mort malgré avoir passé la majorité de sa vie à Vitry-sur-seine). Je m’arrête là, juste pour me situer. Et dire aussi que 68 n’a jamais été une date importante pour moi dans la mémoire politique familiale, ayant plutôt été marquée par les récits sur l’après guerre, le retour de déportation de mon grand-père communiste, l’engagement politique dans la gauche chrétienne de l’autre, avec le Mouvement Populaire des Familles, puis le Mouvement de Libération du Peuple, la fusion avec le mouvement socialiste autonome pour former l’Union de la Gauche Socialiste, le soutien aux révolutionnaires algériens et les manifestations dangereuses contre la guerre d’Algérie, l’année 61 et le massacre des Algériens le 17 octobre, puis le Parti Socialiste Unifié jusqu’en 1967... encore des histoires méconnues. J’ai surtout beaucoup entendu parlé de 68 dans les écoles d’architectures au sein desquelles je me suis engagée à partir de 1994 (elles furent créées, les unités pédagogiques d’architecture, suite au mouvement étudiant des Beaux arts). Etudiantes en architecture, la plupart de mes professeurs étaient ce que l’on appelait des « soixante-huitard’s », mais c’est une autre histoire, propre à l’enseignement de l’architecture (c’est André Malraux qui a permis la création de ces unités pédagogiques autonomes dans toute la France, 22). Nous avons publié à didattica en 2015, un ouvrage collectif « L’architecte, l’artiste et la démocratie », dans lequel il y a quelques articles en référence à cette histoire, pour ceux que cela intéresse (http://www.didattica-asso.com/article339.html). C’est en 2009, grâce à Méryl et Simon, que je te découvre Claude Sicre (et oui, j’ai grandi à Toulouse sans avoir connaissance de ton travail, à chacun son temps). Par tes textes (livre et articles), tes actions concitoyennes, ton folklore toulousain ainsi que Felix Castan, René Nelli, Bernard Manciet, Henri Meschonnic… trois ans après le démarrage de l’action associative que j’initiais à didattica et qui deviendra « Rroms et Occitanie en France » - attention ce n’est pas Occitanie la région (elle s’appelait au début « Montreuil, ville des Rroms »). Oui, le centralisme et l’unitarisme français, depuis que je l’ai découvert, je le vois partout aussi. Le terrain était déjà bien préparé dans l’enfance et l’adolescence mais la rencontre avec l’occitanisme, ses écrivains penseurs, me donna les moyens de mieux penser la France, c’était à l’état d’intuition, de sensation voire de certitude évidente mais indéfendable sans bons arguments, j’ai encore du chemin à faire. « Rroms et Occitanie en France », est un processus de création cinématographique qui s’est concentré depuis plus d’une dizaine d’années à créer les conditions d’une coopération artistique, scientifique, pédagogique, interculturelle et trans-territoriale avec des Rroms (souvent appelés Tsiganes en France), en tant que population de France révélant et cristallisant le nationalisme français. Les Rroms constituent en effet LA figure de l’étranger (alors qu’ils sont présents en France depuis plus de 500 ans), et par là même les absents de la démocratie. C’est pourquoi dés le début du projet, la confrontation culturelle des Rroms avec d’autres populations de France, porteuses de cultures dont l’histoire est « occultée, récusée, proscrite par l’Etat » (Castan Félix-Marcel, Manifeste multiculturel et anti régionaliste, Cocagne, Montauban, 1984), fut présente. Face aux Rroms, l’Occitanie se présentait comme l’histoire occultée d’une culture du dialogue en France, une pensée de la pluralité, qui « implique un dialogue d’égal à égal et une interaction réciproque » (Sicre Claude, « Je n’ai pas toujours eu une certaine idée de la France », in Les Temps Modernes, n°608, 2000, Paris). Le dialogue entre Rroms et Occitanie permet ainsi de contribuer à l’analyse historique de la démocratie française pour mieux la transformer. Comme les Rroms, les méridionaux sont en quelque sorte les étrangers de l’intérieur « la pensée de l’étranger est une suite logique de la pensée du provincial » (Sicre Claude « Quelques modestes suggestions sur le rôle des contre-capitales, et celui de Toulouse en particulier, dans la démocratisation et la pluralisation de la vie culturelle française », in Quelle culture dans un monde en mutation ?, GREP Midi-Pyrénées, collection les idées contemporaines, 2009, Toulouse). Nombre de ramifications se sont développées en une dizaine d’années, l’une d’elle, la performance artistique et scientifique Amassada Rromani Transversale, est passée à Toulouse en 2011 au Forom des langues du monde du Carrefour Culturel Arnaud Bernard, à Poitiers en 2015 à Langues en fête de l’UPCP-Métive, à Lodève en 2010 au festival international de poésie « Les voix de la Méditerranée ». Cette année 2018 est pour nous à didattica l’année non pas du cinquantenaire de 68 mais l’année du millénaire des Rroms, 1018 l’exil de leurs ancêtres d’Inde du Nord. Une grande table ronde a eu lieu en avril dernier accompagné d’une exposition sur la langue rromani dans le Gers à Seissan, à l’occasion du festival Welcome in Tziganie (Welcome in rromano than). Le prochain évènement en France aura lieu à Toulouse le 30 septembre, avec le Carrefour Culturel Arnaud Bernard, dans le cadre de ses conversations socratiques, à l’occasion de la Journée européenne des langues. Marcel Courthiade, linguiste responsable de la chaire de rromani à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), notre partenaire principal à didattica, sera l’invité et présentera son exposition sur la langue rromani. Venez continuer la conversation à cette occasion. Les Rroms s’inscrivent dans de nombreux territoires du fait de l'histoire de leur migration depuis l'Inde au XIème siècle. Ils travaillent par leur simple présence, à une critique du lien entre peuple, territoire et Etat, puisqu’ils ne revendiquent ni territoire, ni souveraineté étatique, mais présentent des traits d’unification culturelle et linguistique, indices d’une intégration nationale singulière. La perception et l’histoire des Rroms montrent la vivacité des représentations sociales cristallisées sur l’idée « un peuple, un territoire, un Etat ». Mais aussi, ils posent la question de la logique d'appropriation du territoire par nos sociétés modernes. Les Rroms nous conduisent à prendre en compte le caractère construit et politique de l’appropriation du territoire. Alors l’Occitanisme ne veut-il pas dialoguer avec les acteurs du mouvement culturel rrom ?
Réponse
Claude Sicre
06 juin 2018 18:26
Hier et aujourd'hui, deux textes sur la musique et 68 dans Libé, qui répondent ( sans le citer ) à mon annexe 68 et la musique . Les nouvelles vont vite ( un clic ) et je sais par qui . Ca les a touché . Infos intéressantes et bons papiers . Mais qui ne répondent pas à ma question " c'est quoi le pb avec le folklore ?" Sont emmerdés avec ca . Comme avec l'occitanisme . Moi je ne leur veux que du bien . Qu'ils transforment leur vision . Je pense qu'on peut gagner, à la longue . C'est meme sûr ! Y a des gens très bien, parmi eux . C'est pas leur faute s'ils sont couffits dans le unitarisme . C'est là nôtre, puisqu'on ne sait pas leur montrer que leurs talents seraient bien p'us utiles employés autrement .
Réponse
Ganapati Biloba
06 juin 2018 17:23
Dr Cachou, appuyez un peu là où ça fait mal. Aquí es l'alh ? Botatz-i Sicre. Claude fait mouche une fois de plus. Il est douloureux, presque fastidieux de voir à quel point toutes les "dissidences" des deux derniers siècles, des surréalistes aux lettristes-situationnistes, jusqu'à la fachosphère la plus bad ass, tous quel que soit leur bord, se sont tous foutus les deux pieds dedans : ils n'ont pas vu la fracture béante, la plaie aux lèvres noircies, ils n'ont pas vu le miroir déformant du centralisme : non pas le leurre de la centralisation (LGV, Quai Branly) des axes et de la culture, mais son terreau, son noumène : le grand poulpe, le centralisme quoi. Ils n'ont pas vu que culture savante versus populaire n'est pas seulement une idiotie stérile : c'est un claquage de cerveau. Ils n'ont pas vu que pour qu'il y ait une avant-garde, il faut sous-entendre qu'un jour celle-ci sera en retard (et qu'il y a donc une arrière-garde : eux, demain) portant d'ores et déjà leur impuissance à venir (et donc actuelle) rien que dans leur nom, tels le roi Renaud ses tripes dans ses mains. Ils n'ont pas vu que culture populaire sans folklore (vrai ou faux, ancien ou post, sur chabreta non-tempérée ou mélodica), que démocratie sans éducation/information, que diversité à la place de pluralité, qu'Occitanie sans portail d'entrée vers la citoyenneté, tout ça c'est simulacre, dirait Baudrillard, c'est peanuts quoi. Combien elles sont parisianistes, combien elles sont dans le leurre germanopratin, combien elles sont dandies, geek et autorisées, ces "dissidences" en culotte de soie, des Halles au Flore, des Bains-Douches à Chez Moineau, où le jeune Debord portait à ses lèvres nues une coupe déjà vide. Combien elles ne dissident qu'avec l'accord des décideurs, combien elles font rigoler - en fin de compte - ceux qui ont relu La Boétie la semaine dernière, obtenant la certitude que leurs pieds d'argile ne sont pas prêts de se dérober sous eux. Claude touche juste et fait strike, fait quine, et ça fait putain du bien. L'Occitanie - nous n'en avons pas vraiment la même vision lui et moi, mais peu importe - est pour moi un formidable posement de questions (en plus d'un peuple, une langue, une région française et une marque de pâté). Un questionnement qui ébranle tout, repense l'art et la politique culturelle, les communications, l'enseignement, la linguistique et la sociolinguistique, l'histoire bien entendu, la sociologie, tout enfin. Être occitan, c'est être un ogre (du coup on soupe tard). On est obligés d'être bons partout, sinon on est mauvais partout, quand on est dans le projet occitan. Merci Dr Cachou : je comprends maintenant que je ne suis pas encore guéri.
Anakin
07 juin 2018 09:52
Moi aussi j'aime bien lécher les boîtes de cachou.
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Jdh
05 juin 2018 13:25
Cher Claude Sicre tu montres que 68,c'est entre autre une grande pinata avec les accords de grenelles en guise de bonbons.L'actualité n'est guère différente,macron fait servilement du milton friedman mais quel est l'adversaire ?Y a-t-il du théologogico-politique a l'oeuvre chez ces derniers,peut-on mettre ici en oeuvre une critique occitane ?Dépasse-t-elle les frontières ? Je ne savais pas qu'on appelait aussi embolada le toro de fuego mais ça n'a rien à voir avec milton friedman ni avec la pinata.
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curato m.bernadette
05 juin 2018 09:26
j'ai particulièrement apprécié le paragraphe "mes formations".J'ai recherché - dommage, pas trouvé!- des lignes sur le groupe Fabulous Trobadors et sur l'époque de a LINHA MAGINOT.Quelle belle époque! Texte riche et qui rend bien compte de la progressionrégulière du Forum des Langues.
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jhd
04 juin 2018 21:04
Bon jorn Lors de la conversation épique sur le blog "Mescladis e còps de gula" ,je crois avoir lu ,Claude Sicre que tu recommandais la lecture du livre de Pierre Emmanuel "Pour une politique de la culture" Seuil, novembre 1971. Pourrait-on y trouver des éléments communs à ton article et à l'appel de montreuil ?
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Claude Sicre
04 juin 2018 18:00
Les appelleurs de Montreuil sont deja au courant que leur texte fait horreur à certains d'entre nous . Et certains d'entre eux ont lu mon article . On verra ce qu'ils en disent . Et ce qu'ils disent du texte de Marchetti . L'unitarisme, là c'est plutôt le centralisme, profite encore aux derniers rescapés de l'esprit soi-disant né en 68 : on se réunit à quinze à Paris, on écrit un texte mal foutu mal pensé mal écrit qui reprend les vœux abstraits de ceux qu'on pense toucher et la province n'a qu'à suivre signer . Et pas possible de commenter si on ne signe pas avant . Me tarde, moi, de lire ici les textes d'Alranq, d'Alcouffe, et de tous les contributeurs des réus de Toulouse et de Montpellier . Et leurs commentaires . Et ça fera du bien aux appelleurs de Montreuil de les lire .
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Claude Sicre
04 juin 2018 13:47
Réponse à Marchetti, qui répond au texte de Montreuil et à mon article, notamment le dernier paragraphe des annexes . Belle avancée, qui donne du corps à ce que j'appelle le hic-et-nuncquisme, stratégie contre tous les provincialismes intellectuels .
Réponse
Claude Sicre
04 juin 2018 13:42
Cette présentation en longs pavés est un peu indigeste . Peut-on y remédier ?
Réponse
Claude Sicre
04 juin 2018 13:22
Le texte publié plus bas sous mon nom est l'Appel de Montreuil
Réponse
Méryl Marchetti
03 juin 2018 12:37
En finir avec la provincialisation des militants J’ai vu ces dernières années de nombreux mouvements militants se mettre à la traîne de stratégies médiatiques, de discours d’universitaires émérites s’engageant dans les luttes sociales comme activité de retraite, ou se perdre dans les fourrés de modes qui poussent comme des jardins partagés, 20 ans après la bataille. Surtout j’ai vu des discours forts se ringardiser à vouloir « se mettre à la page », se téléramaïser ; bref, devenir inaudibles. Non-militants. Carriéristes. Des travaux de recherche qui se substituent à la pensée des militants. En réponse aux attaques du gouvernement sur tous les fronts de la société (travail, éducation, justice, santé, liberté d’expression et et et etc…) les militants organisent des réponses au coup par coup, avec des critiques fines et étayées par les sciences humaines ; cela représente un travail énorme de collectage de données, d’analyse, de rédaction. Mais tous ces travaux, s’ils permettent aux militants de renforcer leurs arguments et d’affermir leurs engagements, échouent malheureusement à ouvrir un débat qui permette de bouger ceux qui ne sont pas déjà convaincus. Nous connaissons depuis longtemps l’une des principales raisons de cet échec. Ces travaux empiètent sur une fonction qui n’est pas la leur; ils produisent des chiffres, des données, appliquent des outils conceptuels pour mettre en relief des faits sociaux, ce qui est utile et nécessaire pour nous tous en tant qu’ « explicitation du réel », mais ils sont pris aussi pour « l’analyse de la situation ». Qu’on le veuille ou non, l’analyse de situation est toujours faite par la collectivité, par les concitoyens. Et la force d’inventivité, la capacité d’entreprendre pour de bon les rêves les plus ambitieux, est corrélative aux pratiques que nous nous donnons collectivement pour prendre pouvoir sur cette analyse de situation. Il n’y a pas de débat mondain Il faut en finir avec cette représentation qu’il y a des maîtres à penser et des ploucs à informer. C’est dans le débat contradictoire que se construisent les positionnements, que se confrontent les parcours, que l’on se sort de ses préjugés et empêchements, tout le monde le sait. Mais ce débat contradictoire ne peut exister que s’il met en présence des personnes qui ont des cadres de référence différents; il existe pour de bon à l’échelle de la commune (ou d’un quartier) parce que les gens y ont des passions, des cultures, des désirs divergents. Il n’est déjà plus contradictoire entre des experts ou des journalistes, non que les personnes soient identiques du fait de leur métier, mais parce qu’ils s’opposent autour de considérations communes. 
Il n’y a pas pire plouc, que celui qui ayant obtenu la reconnaissance de ses pairs, joue au maître à penser. Les raisons pour lesquelles, nous, concitoyens, ne mettons pas en place nos propres pratiques de débat, et subissons l’information comme une pensée à nous approprier, n’ont rien d’abstraites, d’universelles ou fatidiques. On ne convainc pas, on s’organise le pouvoir de convaincre Notre démission est le produit d’une histoire qui a soumis la vie culturelle à la vie politique, qui a lié l’aventure des idées avec le lieu de décision et d’exécution des lois, qui a confondu capitale politique et capitale culturelle. Qui a provincialisé les esprits jusqu’à faire d’un Paris fantasmé (en tout cas qui n’est pas celui de la majorité de ses habitants) la capitale de la Province. Le produit d’une histoire qui a soumis la vie des idées aux institutions de la recherche et de l’enseignement, qui a confondu les résultats d’investigations (nécessaires, pertinentes, à défendre en tant que telles…) avec les pratiques que nous pouvons créer pour transformer le monde. Pour cesser d’attendre le moment venu, le signal, ou l’écho du premier tir dans le lointain, la critique qui bouleversera les mentalités, la révolution d’un rêve transfusé, nous devons déprovincialisé nos esprits : c’est ici, dans notre commune, dans l’avenir que nous mettons en place, que se trouve le problème qui nous mobilisera, nous et nos concitoyens qui ne nous écoutent plus. C’est ici chez soi et maintenant, que nous pouvons en finir avec ce cours magistral qui n’attire que les élèves les plus dociles, les plus connivents, en finir avec ce laboratoire dont nous nous faisons les rats. Bien sûr militer c’est répondre coup par coup. Mais c’est avant tout mettre la collectivité en condition de décider de ses réponses. Et nous savons le faire Nous savons le faire, le faisons … et faisons le contraire ! Nous savons organiser un débat sur un espace public, mettre les gens en petits groupes avec des questions décalées, revenir en grand groupe avec des rapporteurs, et s’il y a un invité expert, le faire intervenir dans le débat en partant de nos interrogations et ambitions. Nous savons le faire, mais nous préférons mettre l’invité en magistral (et nos questions après…). Nous savons qu’il n’y a pas de petit problème, ni de petite lutte. Et pourtant les solutions que nous apportons, les avancées que nous obtenons, et surtout l’aventure menée, nous n’osons pas les mettre en avant et les présenter au monde. Nous avons inventé des solutions dans une situation difficile et plutôt que d’en tirer notre théorie, nous continuons à penser « global ». A considérer nos actes comme des exemples ou contre-exemples. Nous savons chez nous acculer nos adversaires et emporter les consciences avec des paroles imparables, mais nous distribuons un tract rédigé bien loin ou tentons dans des collages de mots qui ne sont pas les nôtres de paraître plus sachants que nous ne le sommes. Nous connaissons les difficultés que nous avons rencontré, nous sommes tout à fait au fait de nos victoires et de comment nous nous y sommes pris, nous sommes convaincus par expérience que notre parcours est incomparable ; nous avons même largement mis-à-distance et démonter le processus. Mais nous n’écrivons pas par nous même l’actualité et l’histoire de nos luttes, nous attendons qu’un spécialiste raconte ça, peut-être un jour, dans un cadre global national (que s’est-il passé à Paris, dans les réunions nationales, et comment tout le reste a suivi.) Etc…
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Claude Sicre
02 juin 2018 16:38
À l'attention : Le Président de la République, le Premier ministre Nous, citoyennes et citoyens, habitants, artistes, professionnels des métiers du spectacle, des arts et de la culture, journalistes, historiens, enseignants, éducateurs, élus locaux, agents de la fonction publique territoriale et d’État, représentants de syndicats, d’organisations, d’associations, Nous sommes aujourd’hui rassemblés pour réaffirmer que les arts, les patrimoines et la culture sont une cause nationale et citoyenne, et ne peuvent en conséquence être livrés à la seule marchandisation. Nous sommes indéfectiblement attachés à une ambition collective qui doit avoir pour objet de placer la création artistique au cœur de notre projet de société, d’accompagner tous ceux qui favorisent la transmission, l’éducation, le partage et la rencontre avec l’art, d’affirmer la nécessité d’une diversité culturelle, esthétique et territoriale, légitimée par l’association des habitants à sa construction. C’est pourquoi le service public des arts, des patrimoines et de la culture doit continuer à exister et se développer en France pour garantir la liberté de création, encourager la diversité des expressions artistiques et favoriser l'accès aux œuvres et aux patrimoines pour le plus grand nombre de nos concitoyens. À ce titre, nous sommes déterminés à faire entendre au Président de la République et à son Gouvernement notre désaccord avec la philosophie qui anime la contribution du ministère de la Culture aux travaux du « Comité Action Publique 2022 », dont nous avons pu prendre connaissance. Cette « contribution » constitue une rupture sans précédent avec l’idée même de politique publique des arts et de la culture développée depuis des dizaines d’années dans un consensus républicain acceptant l'idée que la culture n'est pas un bien comme les autres. Ce fut tout l’enjeu, à l’échelon des discussions internationales, de la bataille pour l’exception culturelle de faire en sorte que tous les pays puissent développer leurs politiques publiques, y compris en régulant le marché, à travers par exemple des politiques de soutien au cinéma. Dans cette contribution Action Publique 2022 ne figure aucune vision, aucune ambition pour le rôle du Ministère, pour la place des arts, des patrimoines et de la culture dans notre société, autre que sa destruction. Seulement l'empreinte d'un projet de société cynique, uniquement guidé par une vision comptable et une recherche illusoire de rentabilité. Chaque mesure proposée dans ce document est d’ailleurs assortie d’attentes en termes de « gains financiers » et de réductions d’effectifs. En matière de création artistique, moteur de toute politique culturelle, il s’agirait, dans une pure logique comptable, d’augmenter la diffusion au détriment de la création. En outre, il pourrait être dérogé au cadre légal qui fixe les missions d'intérêt général exercées par les structures labellisées (scènes nationales, centres dramatiques nationaux...), à la demande des collectivités territoriales ou « pour mieux répondre aux attentes du public »... En d’autres termes, la programmation des théâtres ou des centres d'art labellisés pourrait devoir s'adapter aux desiderata d'élus locaux ou céder aux demandes de tourneurs privés. Quant à la préservation des archives, mission partagée par l’État et les collectivités territoriales, le projet invite à « limiter l’archivage aux seules archives essentielles » ! Qui donc décidera aujourd'hui, pour les futurs historiens, que certaines archives sont plus essentielles que d'autres ? De fait, la proposition de numériser des masses considérables de documents sous prétexte de faire des économies s'accompagnerait de leur destruction. Inepte et intolérable, celle-ci est une atteinte à l'exercice de la démocratie et la citoyenneté. Logique de rentabilité encore pour les musées - services à compétence nationale qui sont actuellement directement rattachés à l'administration centrale du Ministère. Le projet de fusion tous azimuts de ces musées, pour les inscrire dans une trajectoire mercantile, et qui serait censée répondre au désengagement de l’État, est totalement dépassé et archaïque. Nous portons l'idée que les musées doivent, plus que jamais, être placés au cœur de la vie de la Cité, comme lieu de partage des cultures, de transmission des connaissances et des savoirs et d'accès aux œuvres majeures de l'humanité. Ces musées permettent de faire société ; ils sont un don pour faire culture ! L’audiovisuel public évidemment n’est pas en reste. Le Ministère propose, entre autres, l'arrêt pur et simple de France Ô, le regroupement de Radio France et France télévisions en un « holding », la fermeture des bureaux régionaux de France 3 et une « reconfiguration des orchestres de Radio France », pouvant aboutir à la suppression de l'un d'eux. Loin de ces viles propositions, nous portons l’ambition d’un service public de l’audiovisuel qui participe pleinement à l’amélioration de la qualité du débat public et renforce ainsi la démocratie. Concernant l’administration centrale qui se doit d’être « stratège », elle se verrait pourtant dépouillée de ses missions, notamment en transférant aux « services déconcentrés et établissements publics la gestion des dispositifs d’intervention, d’animation ou de subvention », pour en faire une administration technocratique et hors-sol, avec des suppressions de postes à la clé, bien loin des besoins et des réalités ! Faut-il rappeler que l’administration centrale du Ministère assure la cohérence des politiques nationales, ce qui fait précisément la raison d’être du ministère. Demain, c’est exactement le contraire qui est prévu avec le projet de son éclatement façon puzzle, entraînant à sa suite toutes les inégalités de traitement et la fin des politiques publiques nationales. Il en serait fini d’un ministère garant d’un service public de la Culture pour toutes les populations sur l’ensemble du territoire. Nous, citoyennes et citoyens, artistes, professionnels des métiers des arts, des patrimoines et de la culture, journalistes, historiens, élus, agents de la fonction publique territoriale et d’État, représentants de syndicats, d’organisations, d’associations, usagers, - Soutenons un projet de société progressiste et éclairé, où les arts, les patrimoines, la presse et la culture sont des éléments essentiels à l’émancipation individuelle et collective, à la liberté, à l’égalité, à la fraternité, et dont la vitalité contribue à l’épanouissement des populations et à la démocratie culturelle, comme au rayonnement politique et économique de la France, - Réaffirmons que le soutien à une création audacieuse, exigeante, novatrice, plurielle, favorisant l’émergence de nouveaux artistes, l’ouverture aux autres cultures, l’équité territoriale, le développement de la médiation culturelle pour un accès de toutes et tous à la culture sont les fondements d’une politique culturelle humaniste et progressiste. Dans notre société déchirée par les inégalités de toutes sortes et les replis mortifères, nous sommes convaincus qu’une politique culturelle publique moderne doit être concertée dans un cadre démocratique et qu’elle doit se faire avec celles et ceux qui la font vivre. C’est pourquoi, sans transiger sur les principes et les valeurs qui fondent les politiques culturelles publiques, dans l’objectif de les améliorer en les adaptant aux enjeux du monde contemporain et d’une modernité éclairée, nous décidons de nous réunir dans le cadre de Nouveaux États généraux afin d’élaborer ENSEMBLE un pacte national des arts, des patrimoines et de la culture. Voir les premiers signataires
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Claude Sicre
02 juin 2018 14:58
Je reçois des dizaines de mails personnels à propos de cet article mais aucune des personnes m'écrivant ne s'engage dans ce fil, pourquoi ? Escarpit me dit bravo puis me parle de sa fête de la morue ratée à Bordeaux ce week-end et c'est le même sujet, l'imagination en panne des consommateurs je lui ai conseillé de faire la " fête des langues du monde et de la morue bordelaise réunies" personne ne saurait ce que c'est lui non plus mais du coup les gens inventeraient mille trucs pourtant il sait bien que la question centrale est le folklore et Papet Jali devrait nous envoyer une photo explicite du premier Forom des langues à Marseille le 19 mai et JC Michea écrit à Sinturel que mon article est ce qu'il faut et nous venons de recevoir l'appel de Montreuil pour la culture faut que vous lisiez ça, ca fait partie des derniers ( ? ) sursauts de l'extrême -gauche en cette matiére mes considérations sur le manque d'imagination en 68 et le manque de clarté dans les analyses s'appliquent à la lettre à leur truc, qu'a signé Léa Longeot ( Roms-Occitanie ) et Meryl Marcetti m'approuve et des tas d'autres qu'ils viennent là ! Je vais pas tous les citer, Simon me dit que sur le blog de Cavaillé y a deux ans 700 posts paraît-il le record de tous les fils pas mal . Mais Héraclite l'a dit l'histoire ne repasse pas les mêmes plats . Escarpit, fa tastar toun bacalan ! Alors Viviant, oui, bonne analyse de Amen Amen entièrement juste et Bergé aussi rapport à Hugo, je laisse d'autres expliquer " pompidor " et le reste . Merci à Nicole Pradalier elle devrait nous expliquer so 68 mais bon ( pas d'accord avec elle sur la langue pas grave ) la frase de Castan oui, moi aussi j'ai souvent pensé qu'elle pouvait s'appliquer pour le combat féminin aussi mais pas osé le dire en tant que macho de base je comprendrai jamais vraiment mais ça ouvre les yeux en tant que macho je le dis elle aurait dû mettre sa foto en 70 ou par là, Nicole, c'était la star d'Estaing ( et de Toulouse ) . Bon l'article d'Alranq va être publié ici dans quelques jours ca relancera...
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Arnaud Viviant
01 juin 2018 01:19
Sicre, que j'ai connu sous le sobriquet de Dr Cachou au debut des années 90, a une fâcheuse tendance : faire des jeux de mots, que parfois personne ne comprend. Personne, non ! Nous sommes nombreux, je pense, à en comprendre un par-ci par là . C'est pourquoi nous devons nous entraider . Pour ma part je propose ce soir de vous éclairer sur deux ou trois de ces jeux qu' il m'a semblé saisir : en commençant par la fin je parlerai de " Amen Amen (j'ai soif !) à la dernière ligne de l'article proprement dit, avant les Annexes . " Amen Amen " est le cri professionel, l'interjection habituelle des marchands d'eau de la place Djamel Fna de Marrakech, où il fait chaud . Sicre a certainement voulu conclure son discours lyrique par un " amen " auto-moqueur puis l'a fait suivre d'un autre amen en pensant à l'eau parce qu'après avoir écrit et lancé un pareil pavé, il avait soif . C'est aussi bête que ca, je fais l'hypothèse . Il m' a semblé comprendre le " Bergé " dans une parenthèse plus haut comme une référence au " berger promontoire " de Hugo, mais je n'ai pas compris le " pompidor " qui suit, et donc je m'interroge . Quelqu'un-une aurait-t-il la solution ?
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Pradalier Nicole
31 mai 2018 11:26
Je suis relativement d'accord avec ce que tu dis Claude. Même si, pour moi, 1968 a été une année absolument déterminante mais je n'en parlerai pas. Merci pour la prédication citée de Castan "aussi invisible et aussi présent que l'air que nous respirons". C'est ce que je dirai de l'androcentrisme dans les discours (y compris occitan), androcentrisme devenu insoutenable depuis qu'une loupe m'en a fait voir les indices à chaque détour de phrase et d'accord grammatical (oraux autant qu'écrits) et je ne m'en accommoderai jamais car j'y entends le bruit cadencé des bottes hitlériennes. Merci à toi Claude!
Réponse
Jacme Gaudas
27 mai 2018 13:21
... dans la dralha, il faut aussi lire les entre parenthèses... Belle démonstration de ce que produit le Centralisme français avec nous et par nous... Médicale réflexion à voir, avoir et participer à le renverser !!!
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CURATO
25 mai 2018 17:33
Mais où tu vas chercher tout ça ??? En tout cas bravo pour tes
Réponse

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